L’étrange disparition de dix jours en 1582

Le 15 octobre 1582, un événement insolite a marqué l’histoire de France : dix jours ont disparu du calendrier. Les Français se sont couchés le 9 décembre pour se réveiller le 20 décembre, sautant ainsi une décade entière. Cette anomalie n’est pas le fruit d’une illusion collective, mais le résultat d’une nécessaire réforme du calendrier.

Le calendrier julien et ses imprécisions

Depuis l’Antiquité, l’Europe utilisait le calendrier julien, instauré par Jules César. Ce calendrier était basé sur une année de 365,25 jours, ce qui s’avéra légèrement inexact par rapport à la durée réelle de l’année solaire, qui est de 365,2422 jours. Cette petite différence de 11 minutes et 14 secondes semblait négligeable, mais cumulée sur plus de quinze siècles, elle avait entraîné un décalage de dix jours entre le calendrier et les saisons.

Un problème pour l’Église catholique

Au XVIᵉ siècle, ce décalage posait un véritable problème pour l’Église catholique. La date de Pâques, déterminée en fonction de l’équinoxe de printemps fixé au 21 mars lors du concile de Nicée en 325, était de plus en plus en déphasage avec la réalité astronomique. En 1572, lorsque le pape Grégoire XIII accède au trône pontifical, l’équinoxe est observé le 11 mars au lieu du 21 mars.

La réforme du pape Grégoire XIII

Face à cette situation, le pape décide d’agir. En 1577, il réunit une commission d’astronomes et de mathématiciens pour élaborer un nouveau calendrier. Leurs travaux aboutissent à la création du calendrier grégorien, promulgué en 1582. Ce calendrier corrige l’erreur du calendrier julien en ajustant le système des années bissextiles : désormais, seules les années séculaires divisibles par 400 seraient bissextiles. Ainsi, 1600 fut bissextile, mais 1700, 1800 et 1900 ne le furent pas.

La suppression de dix jours en France

Pour rattraper le décalage accumulé, il fut décidé de supprimer dix jours du calendrier. En France, cette correction eut lieu en décembre 1582. Le roi Henri III ordonna que le lendemain du 9 décembre serait le 20 décembre. Cette suppression permit de réaligner le calendrier avec l’année solaire et de fixer de nouveau l’équinoxe de printemps au 21 mars.

Résistances et confusions en Europe

L’adoption du calendrier grégorien ne fut pas universelle ni immédiate. Si les pays catholiques comme l’Espagne et le Portugal l’adoptèrent rapidement, les nations protestantes y étaient opposées, refusant une réforme initiée par le Vatican. Cette divergence engendra une confusion notable en Europe pendant plusieurs siècles. Les fêtes religieuses étaient célébrées à des dates différentes, et les transactions commerciales devaient souvent préciser le calendrier utilisé.

Des anomalies historiques surprenantes

Cette situation a créé des anomalies historiques. Par exemple, Isaac Newton est décédé le 20 mars 1726 selon le calendrier julien en vigueur en Angleterre à l’époque, mais cette date correspond au 31 mars 1727 dans le calendrier grégorien (il apparait donc logiquement dans l’éphéméride du 31 mars). Ce décalage de dates peut prêter à confusion lorsqu’on consulte des documents historiques de cette période.

L’adoption progressive du calendrier grégorien

Ce n’est qu’au XVIIIᵉ siècle que la plupart des pays protestants se résignèrent à adopter le calendrier grégorien, principalement pour faciliter les échanges commerciaux et diplomatiques. L’Angleterre fit le saut le 3 septembre 1752, en supprimant cette fois onze jours du calendrier pour combler le décalage supplémentaire accumulé. Cette décision provoqua des protestations populaires, certains citoyens exigeant qu’on leur « rende leurs jours ».

Une standardisation mondiale incomplète

Au-delà de l’Europe, le calendrier grégorien finit par s’imposer progressivement. Le Japon l’adopta en 1873, la Chine en 1912, et la Turquie en 1926. Aujourd’hui, il est le calendrier civil international de référence.

Des traditions qui perdurent

Malgré tout, certaines traditions subsistent. Sur l’île de Foula, dans les Shetland britanniques, une partie des habitants continue de célébrer Noël le 6 janvier, selon l’ancien calendrier julien. Ce maintien des anciennes dates témoigne de la résistance des cultures locales face aux standardisations mondiales.

Une leçon d’histoire et de synchronisation

La réforme du calendrier grégorien illustre comment une petite imprécision scientifique peut avoir des répercussions majeures sur la société. Elle souligne également les défis liés à la synchronisation des pratiques culturelles et religieuses à travers le monde. Cet épisode fascinant de l’histoire nous rappelle l’importance de l’harmonisation des systèmes pour faciliter les interactions humaines.

Source : Les dix jours qui n’existèrent pas, Le Figaro Sciences

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